LEGISLATIVES AU TOGO:A QUI PROFITE LE COMPROMIS ?
FAURE SORT RENFORCE TELLE
EST L’OPINION DU JOURNAL LE SOLEIL(site www.camer.be)
Le brouillard qui a longtemps obscurci
le ciel togolais se dissipera-t-il enfin ? Toujours est-il qu’après avoir
longtemps tergiversé, le collectif « Sauvons le Togo » a fini par accepter
d’aller aux élections législatives qui se tiendront le 25 juillet prochain.
L’on sait très peu de ce qui a pu bien se passer pour que ce mouvement accepte
aujourd’hui ce qu’il a, il y a si peu seulement, récusé avec autant d’énergie et
de passion.
Un bras de fer qui
n’en finissait pas
On sait seulement que le pouvoir a lâché
du lest en élargissant quelques détenus accusés d’être impliqués dans la
rocambolesque affaire d’incendie des marchés de Kara et de Lomé. On sait aussi
que le régime a accepté que les législatives, prévues pour le 21 juillet, se
tiennent finalement le 25 du même mois, soit une prolongation de quatre jours.
Un report que le pouvoir justifie d’ailleurs par son souci de décrisper, à
l’orée des législatives, l’atmosphère politique polluée depuis un certains
temps. On peut se réjouir de ce compromis dans une certaine mesure. Il permet
au moins d’aller, enfin, à ces législatives qui devaient se tenir depuis
octobre dernier mais qui ont beaucoup patiné à cause des divergences de vues.
En tout cas, il fallait trouver un modus vivendi dans ce bras de fer qui n’en
finissait pas. Mais à quel compromis est-on parvenu ? A qui profite-t-il ? On
veut bien comprendre le collectif « Sauvons le Togo » qui a sans doute voulu
éviter la politique de la chaise vide qui s’est toujours révélée inopérante
dans nos républiques bananières. Cette opposition togolaise en sait d’ailleurs
quelque chose. Par moments, sous la dictature de feu Eyadema, elle a pratiqué
cette politique qui n’a rien produit comme effet, si ce n’est que de renforcer
le pouvoir de ce dernier.
Faure aura réussi son
pari
Mais l’on a envie de dire qu’entre deux
maux, le collectif « Sauvons le Togo » a choisi le pire. En acceptant ce
compromis pour le moins boiteux, l’opposition togolaise risque de se diviser à
jamais. Au fait, que diront les grosses pointures politiques qui restent
toujours derrière les barreaux et leurs partisans ? Ils n’auront pas forcément
tort de crier à la trahison. Du reste, quelques figures emblématiques de cette
opposition, comme le Franco-Togolais Koffi Yamgnane, récusent cet accord entre
le collectif et le pouvoir, qu’ils jugent dangereux pour la démocratie. L’homme
fort de Lomé aura donc réussi son pari. Un mauvais sort semble avoir été jeté à
l’opposition, qui commence à produire tous ses effets. En réussissant ce coup,
Faure s’en sort plutôt renforcé car, dans une démocratie prise en otage depuis
des lustres par une famille, aucune alternance n’est possible avec une
opposition fragilisée. Et c’est bien dommage que ce pays peine à suivre la voie
de ses voisins béninois et ghanéens qui restent une référence en matière de
démocratie. La vérité est que Faure, malgré toutes les apparences de démocrate
qu’il donne à voir au reste du monde, marche sur les pas de son défunt père.
Président jeune, moderne, éduqué aux valeurs occidentales, il se sent bien à
l’aise dans les bottes de ce dernier et c’est bien là tout le problème.
© Le Pays : Boulkindi COULDIATI
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